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Kawasaki Ninja H2R et ses rivales, le classement des motos les plus puissantes

Kawasaki Ninja H2R et ses rivales, le classement des motos les plus puissantes

Avec 310 ch annoncés par Kawasaki et 326 ch avec l'admission forcée, la Ninja H2R reste la moto la plus puissante du monde vendue à un particulier. Elle n'est pas homologuée : sur route, le classement des motos puissantes se joue autour de 220 ch, entre Ducati, BMW, Honda et Aprilia.

Piste uniquement
Kawasaki Ninja H2R, 998 cm3 suralimenté, 310 ch (326 ch en charge dynamique), sans éclairage ni plaque.
Homologuée route
Ducati Panigale V4 Superleggera, BMW M 1000 RR, Honda CBR 1000 RR-R Fireblade SP et Aprilia RSV4 1100 Factory se tiennent dans une vingtaine de chevaux.
Le vrai critère de choix
Le rapport poids puissance et l'électronique, plus que le chiffre brut du moteur.

Quelle est la moto la plus puissante du monde aujourd'hui ?

La réponse courte tient en un nom : Kawasaki Ninja H2R. Présentée à la fin de 2014 et livrée à partir de 2015, elle développe 310 ch à 14 000 tr/min selon la fiche du constructeur, et 326 ch lorsque l'air forcé par la prise d'admission gonfle la pression dans la boîte à air à haute vitesse. Aucune moto de série vendue en concession n'a fait mieux depuis.

La nuance tient en un mot : homologation. La H2R est livrée sans phares, sans rétroviseurs, sans plaque, avec des pneus slick et un échappement libre. Elle ne peut pas rouler sur la voie publique, ni en France ni ailleurs en Europe. Kawasaki la vend comme une machine de piste, au même titre qu'une moto de course client, et c'est pour cela qu'elle échappe à l'accord tacite qui plafonne la vitesse des machines routières.

Pour comprendre d'où viennent ces chevaux, il faut regarder la mécanique. Un banc de puissance mesure la force transmise à la roue arrière, et l'écart avec la valeur annoncée au vilebrequin est souvent de 10 à 15 %. Le détail de la méthode est expliqué dans notre article sur ce que mesure réellement un banc de puissance moto, utile pour lire les chiffres qui circulent sur ces hypersportives.

Comment la Ninja H2R atteint-elle 310 chevaux ?

Le moteur de la H2R est un quatre cylindres en ligne de 998 cm3, proche dans son architecture de celui d'une sportive classique. La différence vient du compresseur centrifuge, entraîné mécaniquement par le vilebrequin et conçu par les divisions aéronautique et turbines du groupe Kawasaki Heavy Industries. Il tourne à plus de 100 000 tr/min et pousse l'air dans les cylindres à une pression que l'atmosphère seule ne fournirait jamais.

Ce choix technique a des conséquences sur toute la moto. Les pistons, les bielles et le vilebrequin sont renforcés pour encaisser la pression de combustion. Le cadre en treillis tubulaire, plutôt qu'un cadre en aluminium périmétrique, a été retenu pour mieux évacuer la chaleur et garder une rigidité maîtrisée. Les ailerons en fibre de carbone qui remplacent les rétroviseurs produisent de l'appui à haute vitesse, un principe hérité de l'aérodynamique des avions.

La transmission utilise une boîte à crabots de type compétition, qui autorise les passages de rapports sans embrayage. Le shifter, le contrôle de traction et le frein moteur réglable complètent l'ensemble. À 216 kg en ordre de marche selon Kawasaki, la H2R n'est pas la plus légère des machines de sa catégorie : c'est la puissance brute, pas la légèreté, qui fait son record.

Et la Ninja H2 homologuée route ?

La version routière, simplement appelée Ninja H2, garde le compresseur mais adopte un réglage différent, un échappement conforme aux normes et un éclairage complet. Sa puissance annoncée tourne autour de 231 ch, un peu plus avec l'air forcé. Elle reste une des motos puissantes les plus impressionnantes qu'on puisse immatriculer, sans approcher la version de piste. La marque a d'ailleurs décliné le principe sur la routière H2 SX et sur la naked Z H2 ; l'historique de la gamme est retracé dans notre dossier sur les nouveautés moto Kawasaki 2021.

Classement des motos les plus puissantes homologuées

Dès qu'on exige une plaque, le podium change. Les grandes marques européennes et japonaises se tiennent dans un mouchoir de poche, et l'ordre varie selon le millésime, la version et le kit d'échappement monté. Le tableau ci-après reprend les puissances annoncées par chaque constructeur pour sa version la plus aboutie, sans échappement de compétition.

ModèleMoteurPuissance annoncéeStatut
Kawasaki Ninja H2R4 cylindres 998 cm3 à compresseur310 ch (326 ch air forcé)Piste uniquement
Ducati Panigale V4 SuperleggeraV4 998 cm3224 ch (234 ch avec kit)Homologuée, édition limitée
Ducati Panigale V4 RV4 998 cm3218 chHomologuée
Honda CBR 1000 RR-R Fireblade SP4 cylindres en ligne 999 cm3217 chHomologuée
Aprilia RSV4 1100 FactoryV4 1099 cm3217 chHomologuée
BMW M 1000 RR4 cylindres en ligne 999 cm3212 chHomologuée
Kawasaki Ninja H24 cylindres 998 cm3 à compresseurenviron 231 chHomologuée
Suzuki GSX 1300 R Hayabusa4 cylindres en ligne 1340 cm3190 chHomologuée

Deux lectures s'imposent. D'abord, la Ninja H2 routière passe devant les hypersportives atmosphériques sur le papier, mais elle pèse nettement plus lourd qu'une Ducati ou une BMW, et son terrain de jeu est plus la ligne droite que l'enchaînement de virages. Ensuite, la Suzuki Hayabusa, reine de la vitesse de pointe au tournant des années 2000, a choisi le couple et l'agrément plutôt que la course aux chevaux lors de sa refonte de 2021.

Ducati Superleggera V4, la plus pointue des routières

La Ducati Superleggera V4 n'est pas la plus puissante sur la fiche, mais c'est probablement la moto homologuée la plus radicale jamais produite par la marque de Borgo Panigale. Cadre, bras oscillant, jantes et carénage en fibre de carbone, 500 exemplaires numérotés, un moteur Desmosedici Stradale dérivé de la compétition : elle revendique environ 159 kg à sec. Avec le kit d'échappement fourni, elle dépasse 230 ch, ce qui lui donne un rapport poids puissance proche de celui de la H2R, avec une plaque en prime.

Ducati avait déjà tenté l'expérience en 2007 avec la Desmosedici RR, première réplique routière d'une machine MotoGP, vendue elle aussi en édition limitée. La filiation entre la Ducati de course et la Ducati de route est l'argument central de la marque, et la Superleggera en est l'aboutissement le plus extrême.

BMW M 1000 RR, la première moto du département M

La BMW M 1000 RR est la première moto à porter le badge M, jusque-là réservé aux voitures sportives du groupe. Son quatre cylindres en ligne dérive de celui de la S 1000 RR, avec des bielles en titane, des arbres à cames retravaillés et des ailerons aérodynamiques en carbone. BMW annonce 212 ch et une vitesse maximale supérieure à 300 km/h, bridée électroniquement. Le constructeur a également fait parler de lui avec la K 1600, un six cylindres en ligne de près de 1 650 cm3 qui vise le confort plutôt que la performance pure.

Puissance, vitesse, rapport poids puissance : ce qu'on compare vraiment

Parler de la moto la plus puissante sans parler de masse n'a pas beaucoup de sens. Une machine qui annonce 20 ch de plus mais pèse 30 kg de plus n'accélère pas mieux. Le rapport poids puissance, exprimé en chevaux par kilo, donne une image plus juste : la H2R tourne autour de 1,4 ch/kg en ordre de marche, la Superleggera V4 dépasse ce ratio à sec avec son kit, et une hypersportive homologuée courante se situe entre 1,0 et 1,1 ch/kg.

La vitesse de pointe est une autre affaire. Elle dépend de l'aérodynamique, de la démultiplication finale et, pour les motos de route, d'un bridage électronique autour de 299 km/h. Cet accord tacite remonte à 1999-2000 : la Suzuki Hayabusa venait de dépasser 310 km/h, la Kawasaki ZX-12R la suivait, et les autorités européennes menaçaient d'imposer une limite par la loi. Les constructeurs japonais, puis européens, ont préféré se l'imposer eux-mêmes. Pour le détail des records de vitesse maximale et des motos les plus rapides du monde, nous avons consacré une page entière à la question de la moto la plus rapide du monde.

Reste l'accélération. Au départ arrêté, la limite n'est plus le moteur mais l'adhérence et la tendance de la moto à se cabrer. Les motos puissantes récentes passent de 0 à 100 km/h en un peu moins de 3 secondes, et l'écart entre 200 et 310 ch se voit surtout au-delà de 150 km/h, là où la roue avant reste enfin au sol. C'est la gestion électronique de l'anti-wheelie et du contrôle de traction qui rend ces chiffres exploitables.

Pour comparer deux modèles de façon honnête, mieux vaut donc aligner plusieurs caractéristiques techniques plutôt qu'un seul chiffre : puissance, masse en ordre de marche, couple, hauteur de selle, vitesse maximale bridée ou non, et type de pneumatiques d'origine. Un essai sur circuit fermé en dit plus qu'une fiche, et c'est aussi ce que font les magazines lorsqu'ils publient leur top des motos les plus performantes de l'année.

Le record de vitesse de la Ninja H2R en 2016

Le chiffre le plus cité à propos de la H2R n'est pas sa puissance, c'est ce jour de 2016 où le pilote turc Kenan Sofuoğlu, quintuple champion du monde de Supersport, a atteint 400 km/h en 26 secondes sur le pont Osmangazi, en Turquie, avant son ouverture à la circulation. L'opération, filmée et diffusée par Kawasaki, était une démonstration et non un record homologué par une fédération.

Elle illustre bien ce que la machine sait faire quand on lui donne de la place : une longue ligne droite, une route fermée, un pilote de très haut niveau. Sur une piste classique, même la plus rapide du calendrier, la H2R ne peut pas exploiter toute sa puissance avant le point de freinage suivant. Ses chronos au tour ne sont pas toujours meilleurs que ceux d'une Superbike plus légère et mieux équilibrée.

Les motos de course, hors catégorie

Si l'on sort du monde des motos vendues au public, le classement change encore. Les prototypes du championnat du monde MotoGP, comme la Ducati Desmosedici GP ou la Yamaha YZR-M1, dépassent largement les 280 ch selon les estimations des équipes, pour environ 157 kg, poids minimum imposé par le règlement. Leurs vitesses de pointe dépassent 360 km/h au Mugello, en Italie, où la ligne droite est l'une des plus longues du championnat.

Ces machines ne sont pas à vendre, même aux collectionneurs, et c'est là que la Kawasaki Ninja H2R garde sa place singulière : c'est la moto la plus puissante qu'un particulier puisse acheter, faire livrer et emmener sur une piste lors d'une journée de roulage. Les Superbikes du championnat WSBK, dérivées des modèles de série, sont plus proches des motos de route, avec des puissances autour de 230 à 240 ch une fois préparées.

À l'autre bout du spectre, certaines curiosités revendiquent des chiffres plus élevés que la H2R : la Boss Hoss américaine et son V8 de voiture, ou la MTT Turbine Superbike à turbine d'hélicoptère. Elles ne répondent pas à la même logique : production artisanale, masse de plus de 400 kg pour la Boss Hoss, usage de démonstration. On les cite pour la curiosité, pas comme des concurrentes de la Ninja H2R.

Côté roadsters, la puissance a aussi grimpé. Les streetfighter dérivés des hypersportives, comme la Ducati Streetfighter V4, la KTM 1290 Super Duke R ou la MV Agusta Brutale 1000, dépassent tous 180 ch sans carénage. Ils offrent une position plus droite et une conduite plus accessible sur route, avec une technologie électronique directement reprise des versions sport. Leur vitesse reste plus modeste, faute de protection contre le vent, mais leurs accélérations sont presque aussi rapides.

Et chez les motos électriques ?

La motorisation électrique change la façon de mesurer la puissance : le couple est disponible dès l'arrêt, et la puissance maximale n'est tenue que quelques secondes avant que la batterie ou le moteur ne chauffent. La Lightning LS-218 a été l'une des premières motos électriques de série à revendiquer environ 200 ch et une vitesse maximale supérieure à 350 km/h, avant de disparaître du catalogue.

Les modèles électriques actuels homologués pour la route visent plutôt l'autonomie et l'agrément que la course à la puissance. Les critères de choix d'un deux-roues électrique pour un usage quotidien sont d'ailleurs très différents, et nos conseils avant d'acheter une moto électrique détaillent ce qui compte réellement dans ce cas.

Quel budget pour une moto de ce niveau ?

Le prix d'une moto puissante suit une logique simple : plus la production est courte et plus le châssis fait appel au carbone et au titane, plus la facture grimpe. Les hypersportives homologuées de grande diffusion, comme la Honda Fireblade SP ou l'Aprilia RSV4 Factory, se placent dans le haut de gamme sans être inaccessibles. La Kawasaki Ninja H2R et la BMW M 1000 RR montent d'un cran. Les éditions limitées comme la Ducati Superleggera V4 jouent dans une catégorie à part, proche de celle des voitures de sport.

Au prix d'achat s'ajoutent des postes qu'on oublie souvent. Une machine de piste consomme des pneus en quelques journées de roulage, demande des révisions rapprochées et un transport sur remorque. Une hypersportive homologuée coûte cher à assurer, surtout pour un conducteur jeune ou récemment titulaire du permis A. Les fourchettes varient trop selon les concessions et le millésime pour qu'un montant publié ici reste juste longtemps : un devis en concession reste la seule source fiable.

Qui peut piloter une moto aussi puissante ?

Légalement, toute personne titulaire du permis A peut acheter et conduire une hypersportive homologuée. Dans les faits, exploiter plus de 200 ch demande une vraie formation. Les pilotes qui tirent le meilleur de ces motos viennent pour la plupart de la compétition régionale ou nationale, ou ont accumulé des dizaines de journées de roulage encadrées.

Pour un motard de route, ces machines sont surtout des vitrines. Sur une départementale, l'essentiel de leur potentiel reste inaccessible, et la position de conduite radicale fatigue vite. Les aides électroniques, dont la centrale inertielle à six axes, l'ABS en courbe, le contrôle de traction et l'anti-wheelie, compensent une partie des erreurs, sans remplacer l'expérience. Pour découvrir le plaisir d'une moto sportive sans ces contraintes, une cylindrée intermédiaire ou une 125 bien née reste un meilleur point de départ.

Questions fréquentes sur les motos les plus puissantes

La Kawasaki Ninja H2R peut-elle être immatriculée ?

Non. Elle est vendue sans éclairage, sans rétroviseurs et avec un échappement non homologué. Aucune transformation raisonnable ne permet de l'immatriculer en France : c'est la version H2 qui existe pour la route.

Quelle est la moto homologuée la plus puissante ?

Sur le papier, la Kawasaki Ninja H2 à compresseur, avec environ 231 ch. Parmi les hypersportives atmosphériques, la Ducati Panigale V4 Superleggera mène avec 224 ch d'origine, devant la Panigale V4 R, la Honda Fireblade SP et l'Aprilia RSV4 1100 Factory.

Pourquoi les motos de route sont-elles bridées à 299 km/h ?

Par un accord tacite entre constructeurs, conclu vers 1999-2000 pour éviter une limitation imposée par la loi, après la course à la vitesse lancée par la Suzuki Hayabusa et la Kawasaki ZX-12R.

La moto la plus puissante est-elle aussi la plus rapide ?

Pas forcément. La vitesse de pointe dépend aussi de l'aérodynamique, du poids et de la démultiplication. Sur une piste sinueuse, une machine plus légère et mieux équilibrée peut boucler un tour plus vite qu'une moto plus puissante.

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